Humeur·Parcours PMA

Cette petite chose qui nous différencie

Je suis très loin de celles qui se battent depuis de très (trop) nombreuses années. De ma petite expérience de jeune Padawan de la PMA, je voulais vous parler d’une chose qui m’interpelle de plus en plus.

Dès les mois de galère de conception bébé, j’ai eu droit à pas mal de réflexion sur le fait que le monde ne s’est pas fait en un jour et les bébés non plus. Et puis un jour, le mot « infertilité » vous tombe dessus et on se rend compte qu’un parcours du combattant nous attend pour enfin connaître les joies de la parentalité.

Et ça, c’est une petite chose qui nous différencie.

C’est fou comme l’infertilité peut engendrer une si grande différence entre les femmes. D’un côté, celles qui ont réussi à devenir maman sans trop d’aide et de l’autre côté, les autres. Si semblable et pourtant si différentes.

Comment une femme qui est tombé enceinte au bout de 3 mois d’essai pourrait comprendre une femme qui doit attendre pendant 5 mois son premier rendez-vous en PMA ?

Comment une maman qui a eu ses enfants sans souci pourrait comprendre qu’une grosses ne soit pas seulement liée à un désir de bébé ?

Cette petite chose qui nous différencie.

Elle finit par créer un fossé d’incompréhension. Si il est très facile de s’imaginer tomber enceinte grâce à une sieste crapuleuse, il est beaucoup plus compliqué d’imaginer que notre désir d’enfant soit lié aux prouesses de la médecine.

Cette incompréhension, je l’a voit partout. Exposée sur les forums de discussion, racontée sur les réseaux sociaux et même vécu au sein de mon cercle affectif. Elle peut créer de l’isolement.

baby-840136_960_720

La moindre RALC (Réflexion A La Con) donne alors lieu à des tensions. La moindre plainte de la part de la jeune maman est mal interprétée. Si l’infertilité est très difficile à vivre pour ceux qui en souffrent, est-ce pareil pour les personnes fertiles ? Comment aborder le sujet des enfants / de la grossesse sans nous heurter ?  Doit-on passer sa grossesse en silence et avec le sourire parce qu’en face les gens nous envie ?

On parle souvent de la difficulté de conjuguer boulot et PMA mais beaucoup moins de l’isolation affective que l’infertilité peut créer. Notre sentiment de solitude et d’incompréhension  n’est-il pas exacerber par le fait que nous ayons du mal à gérer notre jalousie et que notre empathie se soit fait la malle?

Cette petite chose qui nous différencie.

L’infertilité est une douleur difficile à comprendre, difficile à appréhender pour celui qui n’y est pas confronté. Mettre des mots sur cette douleur est très difficile, comment l’expliquer ? Comment l’imager pour la rendre accessible aux autres ?

A ceux qui ne comprenne pas notre ressenti, je dis toujours : « donne-moi quelque chose qui représente beaucoup pour toi. Un objet auquel tu tiens énormément. A chaque fois qu’on se verra, il sera là présent mais tu ne pourras pas le prendre, pas y toucher. Tu pourras juste le regarder. Tu y penseras encore et encore, il te manquera,  tu en deviendras frustré. Je te rendrais cet objet quand mon bébé sera né et tu verras comment le ton peut paraître long quand on désire une chose que l’on ne peut avoir. »

C’est pour cela que les personnes infertiles ont du mal avec les annonces de grossesse, les gros bidons, les petits bouts. Ils nous ramènent au fait que nous n’aurons pas forcément la possibilité de vivre la joie de devenir parent.

Et ça c’est une grande chose qui nous différencie.

Publicités

8 réflexions au sujet de « Cette petite chose qui nous différencie »

  1. C’est si vrai! Des deux ans et demi d’infertilité que j’ai traversés, je n’oublierai ni la douleur, ni le sentiment de solitude. Les autres ne peuvent pas comprendre. Faire un bébé est, pour 7 couples sur 8, quelque chose de si naturel que pas une seconde ils ne peuvent imaginer le long tunnel de souffrance que c’est pour le couple restant! Par l’opération d’un miracle inespéré, je suis maintenant de l’autre côté de la barrière, du côté des chanceuses car je suis enfin maman. Mais je reste très discrète envers mes copines moins chanceuses et je n’ai rien oublié de l’intensité de la douleur pour en arriver là. Je te souhaite de tout coeur d’y arriver à ton tour.

    Aimé par 1 personne

      1. Non, les gens peuvent éprouver de l’empathie, vouloir bien faire mais ce désir inassouvi d’enfant n’est pas perceptible de l’extérieur, pas plus que l’intensité de la souffrance, au fil des mois et années à attendre. Je te souhaite beaucoup de courage pour la suite.

        Aimé par 1 personne

  2. Tu as des mots très justes. Et c’est une très bonne approche de faire œuvre de pédagogie auprès de ton entourage pour tenter d’expliquer cette incompréhension et de ne pas laisser ce fossé se creuser, tant que tu en as l’énergie (j’avoue que de mon côté je n’en ai pas toujours le courage).

    Aimé par 1 personne

  3. Encore une fois, tes mots me touchent et correspondent de très près à ce que je ressens. Après la 1ère tentative, j’ai décidé de moins en parler, car j’ai trouvé cela trop difficile de « gérer l’après ». Du coup je ne rencontre pas de RALC ;-), notre cercle proche sait ce que nous traversons et est très discret à ce sujet. Les autres, rencontres d’une soirée ou amis d’amis qui se montrent moins délicats ont désormais pour réponse « on ne fait pas toujours comme on veut dans la vie ». Cela suffit généralement à leur faire comprendre que ce n’est pas la peine d’insister ou de vouloir creuser.
    Par contre les pincements au cœur à chaque annonce de grossesse ou naissance sont eux toujours là..

    Aimé par 1 personne

  4. Pour être passer d’un « camp » à un autre, je te rejoins totalement. J’ai ma fille en 1 mois, donc même si je compatissait je n’avais jamais ressenti la douleur de l’attente, et donc je ne comprenait pas de quoi il s’agissait. Puis au moment de concevoir le 2éme, j’ai connu la joie au retard de règles puis les pleurs car il s’agissait d’une fausse alerte, et là j’ai mieux compris ce que ça faisait. D’ailleurs quelqu’un qui est riche ne peut pas savoir quel effet ça fait de voir son compte dans le rouge tous les mois, quelqu’un qui a ses deux parents, ne peut pas savoir quel effet ça fait de grandir sans père ou mère ou ballotter entre les deux… je pense que pour réellement comprendre une situation il faut la vivre !

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s