Parcours PMA

L’anonymat du don en question

Article épineux n’est ce pas? Je dois avoir recommencé cet article au moins une dizaine de fois mais comment aborder le sujet du don de gamètes sans parler à un moment de l’anonymat du donneur?

Avec l’intervention très médiatisée d’Arthur Kermalvezen lors de l’ouverture des débats sur la loi de bioéthique, j’ai eu l’impression de passer pour la méchante. Celle qui empêchera son futur enfant de connaître ses origines parce que nous avons décidé de passer par le CECOS et d’avoir recours à un don anonyme.

Je suis pour l’anonymat du don. Parce que je pense que ce principe protège le donneur et l’enfant, qu’il évite des situations difficile à vivre pour les 2 parties.

La levée de l’anonymat, le risque pour le donneur.

Une personne peut très bien donner ses gamètes alors qu’il n’a aucun besoin, aucune envie de devenir parent. Le but du donneur n’est pas de donner ses gamètes afin d’avoir des enfants un peu partout en France et à foison. Non. Le don est un acte altruiste. Faire un don de gamètes c’est aider un couple, lui donner une chance de devenir parent.

Comme le dit Jean-Marie Kunstmann (directeur du CECOS de l’hôpital de Cochin) « Au départ, les donneurs considéraient qu’ils ne faisait qu’un simple don de cellules dépersonnalisé, lequel sera investi dans un projet d’enfant par un autre couple. » Si aujourd’hui l’accord du conjoint au moment du don est obligatoire, faire un don une décision très personnel. A aucun moment le donneur n’est obligé de divulguer son acte à ses proches.

Lever l’anonymat c’est apporté au donneur le risque de devoir se justifier des années plus tard auprès de l’enfant et auprès de ses proches. Imaginez-vous 2 minutes face à une personne qui dit être l’enfant biologique de votre conjoint suite à un don de sperme que vous ignorez.

Cet impact, on le voit très bien aujourd’ui avec Arthur, son donneur ne souhaite pas être identifié afin de protéger son entourage qui n’est pas au courant de son geste. Il souhaite rester dans l’ombre comme il l’a été depuis des années.

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Le profil idéal du donneur de sperme ?
La levée de l’anonymat, le risque pour les enfants.

Et son donneur lui avait dit de ne plus jamais le contacter, et s’il n’avait jamais répondu à son appel. Aurait-on entendu parler de l’histoire d’Arthur ?

Levé l’anonymat du don c’est donner l’occasion à l’enfant de subir un rejet qui peut avoir des conséquences désastreuses. Pour certains, la recherche de leur origine est une obsession. Et si le donneur ou la donneuse refuse de les voir, de les rencontrer, quelles seront les répercussions psychologiques ?La perte identitaire est alors double. Je ne partage pas l’ADN d’un de mes parents et la personne qui m’a donné la moitié de mon ADN ne veut pas me connaître, ni me contacter.

La possibilité de connaître son donneur, c’est aussi faire face à la déception de se retrouver en face d’une personne aux antipodes de celle que l’enfant se serait projeter ou aurait imaginé.

Et pourquoi pas demandé une totale transparence ?

Pourquoi accorder un droit supplémentaire à une seule partie ? Pourquoi la loi lèverait-elle seulement l’anonymat sur le donneur ? Pourquoi le donneur n’aurait-il pas accès aux identités des couples qui vont recevoir le don ? Le donneur confie la moitié de son patrimoine génétique à des inconnus ce n’est pas rien. Lui aussi pourrait avoir envie de connaître le profil et les origines des personnes qui vont recevoir son don.

Bon ok, sur ce point je me fais un peu l’avocat du diable.

L’anonymat a été mis en place pour laisser la place aux couples infertiles de vivre leur parentalité le plus « normalement » possible. Il est là pour préserver le donneur, pour que son acte très généreux n’ai pas de répercussions des années plus tard.

Même si le fait de ne jamais pouvoir mettre un nom sur le donneur peut être très difficile à vivre pour l’enfant, l’anonymat le protège d’une possible trop grande déception. En aucun cas l’anonymat ne peut empêcher une projection, l’enfant peut toujours imaginer son donneur et lui attribuer toutes les caractéristiques qu’il souhaite.

Lever ou non l’anonymat du don est une décision sur laquelle les 3 parties doivent pouvoir s’entendre. Si les enfants issus du don souhaitent lever l’anonymat alors cette stratégie doit être validée par les parents et les donneurs.

 

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3 réflexions au sujet de « L’anonymat du don en question »

  1. Au début de mon parcours, j’aurais été horrifiée que le don ne soit pas anonyme. Maintenant, je suis beaucoup plus tranquille avec cette question. Quand on parle de la levée de l’anonymat, je pense que cela devrait ressembler à ce qui se fait avec les naissances sous x. Le donneur est libre de donner des informations identifiantes ou nons. L’enfant, a

    Aimé par 2 personnes

  2. Flûte, c’est parti trop vite ! L’enfant, à sa majorité par exemple, demande ces informations s’il en a envie.
    Par ailleurs, de même que le donneur n’est en aucun cas le père ou la mère biologique de l’enfant, l’enfant n’est pas non plus l’enfant biologique du donneur. Il faudrait inventer un mot : descendant génétique ?
    Ma conviction, pour avoir lu bon nombre de témoignages, c’est que si les parents sont tranquilles avec cette conception par don, s’il n’en font ni un secret, ni une affaire d’état, l’enfant sera très tranquille aussi. Bien sûr, il peut avoir une curiosité vis-à-vis du donneur, mais pas au point d’être dévasté si celle-ci était contrariée.
    Un médecin de Béclère m’avait expliqué qu’un enfant biologique n’est pas le mélange de ses deux parents biologiques. Le brassage génétique est beaucoup plus aléatoire. Alors si on fait appel à un donneur, on augmente juste le brassage.
    Et puis, est-ce que je me sens la fille de mes parents parce qu’ils m’ont « transmis » des gènes ? Franchement, je ne crois pas. Bien sûr, il y a la ressemblance physique. C’est rigolo, mais c’est anecdotique. Il y a surtout tous les moments passés ensemble et les liens qui se créent au fil des années.

    Aimé par 3 personnes

  3. Je suis assez d’accord avec Lily.
    Je ne suis pas pour la levée totale de l’anonymat mais je ne serait pas contre avoir des infos non identifiantes, et le pourquoi du don, si le donneur est ok de les donner.
    Comme un jour j’aimerais donner aussi (même si au final, je pense que ça va pas être possible ) je vois un peu les 2 côté de la chose, celle qui reçoit et je m’imagine comme celle qui donne.

    Aimé par 1 personne

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