Humeur

Lettre à Madame BUZYN, ministre de la santé

Madame la ministre,

Le 06 Novembre sur la chaîne LCP, vous avez abordé le sujet du don de gamètes dans le cadre de la nouvelle loi de la bioéthique. Pendant votre locution, j’ai tiqué et je me suis rendue compte que vous ne maîtrisiez pas tout à fait le sujet ou tout du moins le jargon lié au don de gamètes.

Loin de moi l’idée d’avoir plus de connaissance que vous, je tiens quand même à vous expliquer 2 ou 3 choses concernant le don car voyez-vous, en tant que couple hétérosexuel qui cherche à avoir un enfant, je suis en plein dedans.

Madame BUZYN, notre enfant sera le fruit de 3 personnes, un couple amoureux et un donneur très généreux. Il aura une maman, un papa et un donneur.

En ramenant la définition du père biologique au simple fait qu’il soit le géniteur d’un enfant, vous faites un magnifique bon en arrière à une époque où le père n’était là que pour engendrer une descendance sans avoir à créer de lien avec ses enfants. Cette idée du père était bonne au 18ème siècle et jusqu’au début du 19ème. Mais aujourd’hui, dans une société où les femmes se battent pour plus d’égalité dans le monde du travail et une juste répartition des tâches à la maison, votre vision du père est complètement archaïque et dépassée.

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Au 20ème siècle, le père n’est pas celui qui engendre une descendance, c’est celui qui joue, réconforte, aide, éduque, parle avec ses enfants. C’est celui qui participe aux changes, éloigne les fantômes, donne le biberon, soigne les petits bobos, apprend à faire du vélo. Le papa c’est celui qui est là présent auprès de ses enfants, qui les aime et les protège du mieux qu’il peut face aux difficultés de la vie. Il est à l’origine du désir d’enfant et dans le cadre d’un parcours PMA avec don, il est aussi porteur du projet et de la décision de recourir au don.

Le donneur donne une chance, un espoir, une aide envers ceux que les lois de la génétique, la maladie ont rendu stérile. Il n’est pas le père, il est le géniteur et son rôle s’arrête à partir du moment où il fait le choix de donner son sperme. Dans le don, il n’y a pas l’acte de faire un enfant de manière extraconjugal. En attribuant au donneur le rôle de père biologique, vous n’avez pas compris l’essence même du don de gamète. Le donneur est là pour apporter son aide à un couple, pas pour avoir des enfants par le biais d’un couple stérile.

En donnant le nom de père biologique aux donneurs de sperme, vous jouez le jeu de toutes les personnes  anti-don, anti PMA  qui ont eu l’incommensurable  chance d’avoir des enfants de manière naturelle. Par vos mots, vous ne visez pas uniquement les couples lesbiens et les femmes seules, vous nous incluez nous, les couples hétérosexuels qui seront également directement impacté par le changement de loi.

Et ce n’est pas votre comportement vis-à-vis des associations de parents infertiles qui prouvent le contraire. Vous avez refusé toutes les demandes d’audiences pour cause d’emploi du temps surchargé. Même le 1er ministre a eu plus d’égard que vous face à nous car il a au moins prit le temps d’y répondre.

Madame la ministre, afin d’avoir un point de vue complet sur les enjeux du don, il est temps de laisser la parole aux parents et futurs parents d’enfants issu du don et d’écouter ce qu’ils ont à vous dire. Vous devez être au dessus des clivages entre les pro et les anti et laissez les 2 parties s’exprimer. Les couples en attente d’un don ne sont pas des monstres égoïstes, nous pouvons entendre des points de vue différents, envisager différentes possibilités d’évolution mais pour cela nous devons avoir la même possibilité de défendre nos droits que les autres !

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6 réflexions au sujet de « Lettre à Madame BUZYN, ministre de la santé »

  1. C’est navrant. Dans ce domaine en particulier les mots ont un sens crucial. Dire « père biologique » à la place de « donneur » n’est pas une maladresse, c’est la preuve qu’elle n’a rien, mais absolument rien compris à ce dossier. Et comme je ne la pense pas plus bête qu’une autre, cela prouve qu’elle n’a pas beaucoup travaillé le sujet…
    Comment s’étonner alors que monsieur ou madame Michu pose un jour la question qui tue (ça ne m’est pas encore arrivé, mais il paraît qu’il faut que je m’y prépare) : « Tu n’as pas peur qu’un jour il ait envie de rencontrer son vrai père ou sa vraie mère ? »

    Aimé par 1 personne

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